dimanche 1 juin 2008

Système D birman

Récemment, je m'étais interrogé sur le silence concernant l'aide aux réfugiés en provenance de la population en Birmanie et surtout sur le lourd silence de l'opposition conduite par
Le lendemain, j'apprenais que cette aide clandestine mais efficace transitait par le réseau des moines boudhistes comme si l'opposition démocratique n'existait pas. Il est fréquent dans beaucoup de pays en voie de développement les partis d'opposition joués un rôle non négligeable dans les réseaux sociaux proches de la population. en ce qui concerne la Birmanie, il semble cependant qu'il y a déconnexion totale avec le peuple. Les religieux semblent avoir pris le relais de manière assez efficace. Un peu comme c'est le cas dans des pays comme l'Irak ou le Liban ou la Palestine. Il n'est pas incertain que cet état de fait aura des conséquences pour dans le cas où des élections démocratiques s'organisent en Birmanie où règne une terreur type 'Nord Coréenne'.
Voici un article qui en dit un peu plus long sur le fonctionnement de cet aide.

Depuis un mois, ils consignent tout sur des feuilles blanchâtres, gondolées par l'humidité : le nom des donateurs, ce qu'ils ont déposé, la quantité, la date. Parfois, ils comptent les sacs de riz, plus souvent les kyats - la monnaie locale.
Dans la touffeur de leur monastère, Ashin Mibaya, aux traits émaciés, et Ashin Yadana, le visage surmonté de fines lunettes sur ses joues rondes, collectent, comme des milliers d'autres moines en Birmanie, les dons pour les victimes du typhon Nargis. Calmes, en apparence, ils organisent méticuleusement l'acheminement de l'aide dans les zones sinistrées.

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Pourtant, la colère gronde. Au visiteur pressé, la langueur des prières ressassées à haute voix, le bruissement perpétuel des pieds nus sur les parquets en teck ne laissent rien deviner. Mais derrière les étoffes pourpres qui tentent de sécher au soleil de la mousson, à l'ombre des Bouddhas dorés, le mot finit presque toujours par être murmuré : "colère". Colère de devoir compenser une aide humanitaire bloquée, contingentée, par la junte militaire au pouvoir.
Dans ce monastère, on le dit juste un peu plus fort qu'ailleurs. En septembre 2007, c'est déjà de leurs dortoirs, à Mandalay, la deuxième ville du pays, à 700 km au nord de Rangoun, et à Pakokku, une ville voisine, que sont parties les premières manifestations de moines contre la montée des prix et la politique économique archaïque de la dictature. Dans leur arrière-cour, assis autour d'une table, Yadana et Mibaya préfèrent désormais un autre mot : "haine".
A Rangoun, la plupart des moines mêlent le religieux et le politique. Ils déplorent le manque de "compassion" du gouvernement. Pas eux. Eux sont scandalisés. A 39 ans, les dents rouges du bétel mâché toute la journée, ils sont "scandalisés" par l'attitude de la junte. Ebahis devant sa "cruauté". Jamais, disent-ils, entourés de leurs jeunes élèves, même après que l'armée ait tiré sur eux en septembre dernier, jamais ils n'auraient imaginé que le pouvoir puisse "laisser mourir de faim son peuple".
Face au blocus de la junte, tout un "système D" humanitaire s'est mis en place, en Birmanie. Les moines en sont devenus l'un des piliers. Car, si au fil des semaines, le gouvernement a encouragé les donations, il a de plus en plus contraint les civils à les lui déposer, pour les distribuer lui-même, via l'armée.
Profondément choqués par les rétentions du gouvernement - notamment vis-à-vis des humanitaires occidentaux coincés à Rangoun -, beaucoup de Birmans préfèrent donner aux "robes" plutôt qu'aux fusils. Elles seules pouvant s'affranchir de l'obligation de déposer les dons à l'armée.
Dans un bidonville de Rangoun, un acteur et réalisateur birman célèbre - Zaganar -, empêché de distribuer du riz, a préféré confier ses stocks au monastère le plus proche.
Ces dernières semaines, les week-ends, à Rangoun, des files de voitures de particuliers, de camions affrétés par des chefs d'entreprise en tous genres, chargés de vivres, prenaient la route du delta de l'Irrawaddy, la zone la plus touchée par le typhon. Mais ces volontaires ont été contraints d'interrompre la noria. Et les moines ont pris la relève.
Au monastère de Mibaya et Yadana, à trois reprises, c'est le vénérable en chef qui a fait le voyage jusqu'au delta. Car seules les figures charismatiques du bouddhisme birman peuvent avoir la garantie de distribuer elles-mêmes les dons aux victimes. L'armée refuse de laisser passer des moines moins en vue.
Face au blocus de la junte, tout un "système D" humanitaire s'est mis en place, en Birmanie. Les moines en sont devenus l'un des piliers. Car, si au fil des semaines, le gouvernement a encouragé les donations, il a de plus en plus contraint les civils à les lui déposer, pour les distribuer lui-même, via l'armée.
Profondément choqués par les rétentions du gouvernement - notamment vis-à-vis des humanitaires occidentaux coincés à Rangoun -, beaucoup de Birmans préfèrent donner aux "robes" plutôt qu'aux fusils. Elles seules pouvant s'affranchir de l'obligation de déposer les dons à l'armée.
Dans un bidonville de Rangoun, un acteur et réalisateur birman célèbre - Zaganar -, empêché de distribuer du riz, a préféré confier ses stocks au monastère le plus proche.
Ces dernières semaines, les week-ends, à Rangoun, des files de voitures de particuliers, de camions affrétés par des chefs d'entreprise en tous genres, chargés de vivres, prenaient la route du delta de l'Irrawaddy, la zone la plus touchée par le typhon. Mais ces volontaires ont été contraints d'interrompre la noria. Et les moines ont pris la relève.
Au monastère de Mibaya et Yadana, à trois reprises, c'est le vénérable en chef qui a fait le voyage jusqu'au delta. Car seules les figures charismatiques du bouddhisme birman peuvent avoir la garantie de distribuer elles-mêmes les dons aux victimes. L'armée refuse de laisser passer des moines moins en vue.
La première fois, le vénérable est parti avec trois camions. La deuxième, il a voyagé en train avec deux énormes malles. Mais la dernière fois, il n'a pu emmener que 100 000 kyats (environ 65 euros), calés dans un coin de portefeuille. Avec les semaines, les dons se sont raréfiés. Les moines ont eu beau battre le rappel en distribuant des tracts ; exceptés les riches donateurs, les classes moyennes ont peu répondu à l'appel - elles avaient déjà donné tout ce qu'elles pouvaient.
Aussi, lorsque la nuit descend et que passe le temps de méditer, Mibaya et Yadana ne s'en cachent pas : ils discutent politique. Révolution, éducation et électricité pour tous. Des conciliabules qu'ils ont aussi parfois "secrètement" avec leurs frères de Pakokku. Malgré les tirs, malgré les arrestations, malgré les listes noires et "l'espionnage" quotidien par les services du gouvernement, la nostalgie des manifestations de 2007 les taraude. Un mois après le passage de Nargis, ils en sont persuadés : s'ils manifestent à nouveau, cette fois, les Birmans les suivront dans leur mouvement. Ils rêvent d'un soutien diplomatique extérieur.
En ville, nombreux sont ceux qui prennent pour des utopies un tel soulèvement. Mais dans un sourire anxieux, Mibaya et Yadana le jurent, ils guettent "l'opportunité". Le cyclone en est une. Pour l'heure, ils ne sont pas assez nombreux, beaucoup de moines ayant fui après les manifestations de septembre. Mais "quand ils seront tous revenus", "tôt ou tard", ils retourneront dans les rues. Dans le delta sinistré, les Birmans estiment qu'il leur faudra deux ans avant de retrouver une vie normale. Mibaya et Yadana, eux, pensent qu'il ne leur faudrait que "quelques mois" pour se mobiliser. Peut-être.
E. V.

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