jeudi 19 juillet 2012

La matière grise n'a pas de nationalité

A un moment fort de l'histoire de France où on sort d'une période de turbulences identitaires au cours de laquelle on a voulu  démontrer que n'était pas Français qui veut et qu'il fallait montrer patte blanche pour mériter sa place dans l'hexagone, il est bon de montrer que la science a toujours su en bonne intelligence profiter du savoir d'où qu'il vient pour progresser et aller de l'avant. Pour prolonger mon propos , j'ai voulu m'appuyer sur une scientifique inconnue du public. 

Elle s'appelle Samira Hassani et elle fait partie de l'équipe scientifique qui a découverte le Boson de Higgs. le 4 juillet 2012. Une découverte très importante sur le plan scientifique qui confirme une théorie énoncée près de quarante plus tôt.


Samira Hassani est une chercheuse marocaine de 38 ans. Elle s'est confiée lors d'un interview exclusif au journaliste du Courrier de l'Atlas   lien de l'entretien ici


Le Courrier de l’Atlas : Comment avez-vous vécu la journée du 4 juillet ?
Dr Samira Hassani : C’est une journée historique, l’aboutissement de 20 ans d’efforts pendant lesquelles plus de 3 000 chercheurs ont collaboré. Pour ma part, cela fait 13 ans que je traque le boson de Higgs, qui explique l’origine de la masse de l’ensemble des particules élémentaires, lors du Big Bang. Dans ce que nous appelons le Modèle Standard, l’équivalent en physique de la théorie de l’évolution, l’existence de plusieurs particules avaient été prédites depuis 40 ans. Nous les avons toutes découvertes, à l’exception du boson de Higgs qui est un élément central du Modèle. C’est désormais chose faite !
 
Quelles sont les implications de votre découverte ?
Notre espoir est de voir cette découverte aboutir sur d’autres avancées, découvrir de nouvelles particules qui expliqueraient des phénomènes encore mal compris comme la matière noire. Cela demandera beaucoup de travail pour déterminer les caractéristiques du boson que nous avons découvert, mais je suis déterminée à continuer sur cette voie, de même que mes collègues du Cern. Participer à ces recherches est une aventure unique dans la vie d’un physicien.
 
Vous êtes l’une des rares Maghrébines de la communauté scientifique internationale, ce ne devait pas être facile tous les jours…
En effet ! En tant que femme, j’ai dû redoubler d’efforts pour que mon travail soit reconnu. Les nuits qui ne finissent pas, les sacrifices sur sa vie privée,… Tout cela fait partie de ma vie de chercheur. Ce qui est merveilleux, c’est de voir le respect de vos efforts dans le regard de vos collègues. Abstraction faite de toute considération portant sur l’origine ou le sexe, je suis avant tout reconnue en tant que scientifique. La matière grise n’a pas de nationalité…
 
Vous êtes également un pur produit de l’enseignement marocain…
Tout à fait, j’ai fait l’ensemble de mes études à Oujda. Au début, j’étais plus attirée par les mathématiques que par la physique, mais j’ai tout de même choisi cette filière parce que toutes mes copines de bac s’y étaient inscrites ! J’y ai pris goût et ai décidé de me lancer dans la recherche, au plus grand dam de mon entourage qui me conseillait de devenir prof de physique dans un collège… et de me marier ! J’ai décroché un DEA en physique des particules en 1999, et mes bons résultats m’ont valu une bourse de mérite du CNRS, ce qui m’a permis de poursuivre ma thèse de doctorat au sein du laboratoire de l’accélérateur linéaire d’Orsay, en France. Depuis 2004, j’occupe un poste de responsabilité au sein du Commissariat à l’Energie Atomique, parallèlement à mes recherches. Ma formation au sein de l’université marocaine m’a permis de m’intégrer facilement au sein de la communauté scientifique internationale et pour cela, je serai éternellement reconnaissante à mon pays.
 
Pourtant, le Maroc n’est pas vraiment réputé en matière de recherche scientifique…
C’est malheureusement vrai ! Après mon DEA, moi-même ainsi que mes camarades de promotion, nous nous sommes tous retrouvés en Europe. Un groupe de six personnes brillantes, contraintes d’émigrer parce qu’il n’y avait plus de débouchés pour nous au Maroc, excepté l’enseignement. C’est d’autant plus dommage que, pour rester pragmatique, notre formation a été financée par l’argent du contribuable marocain. Au bout du compte, d’autres pays font appel à nos compétences, mais pas le nôtre… D’ailleurs, je ne suis pas la seule Marocaine à avoir travaillé sur le boson de Higgs. D’autres compatriotes y ont travaillé depuis des laboratoires basés à Taiwan et en Espagne.
 
Comment percevez-vous les récents changements survenus au Maghreb ?
Il est certain qu’il existe une réelle dynamique, notamment au Maroc que je connais bien. Maintenant, il faut savoir se focaliser sur les priorités et aller de l’avant.
 
Sauf que le débat public est souvent accaparé par des questions en rapport avec la religion…
Débattre de religion est tout à fait légitime dans des sociétés comme la nôtre. Mais il ne faut pas que cela monopolise toute notre attention. La religion sert parfois de paravent à des individus sans scrupules, qui essaient de détourner l’attention du public des vrais problèmes. Mais ce qui me choque, c’est quand des gens vous bloquent dans une discussion en avançant des arguments religieux, un peu comme s’ils se cachaient derrière la religion pour ne pas avoir à réfléchir. L’Islam fait partie de notre identité, mais il faut aussi s’investir dans d’autres pans de la vie…
Zakaria Boulahya




Pour en savoir plus sur cette découverte exceptionnelle des lectures s'imposent.
La première est: http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/07/04/le-boson-de-higgs-decouvert-avec-99-9999-de-certitude_1728737_1650684.html  




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