Ce furent entre 30 000 et 50 000 personnes qui
répondirent présentes malgré le climat extrêmement tendu. Dans la plus grande
discrétion le FLN a mis en place ce rassemblement pacifique. En effet, aucune
arme n'était autorisée, les organisateurs n'hésitèrent pas à fouiller tous les
manifestants afin de proscrire tous les objets pouvant nuire au bon
fonctionnement de la marche. Le départ fut annoncé à 19H00, dès cet instant une
immense vague humaine déferla sur la capitale venant de toute part. Bien sûr,
tout cela étant organisé dans le plus grand secret, les autorités françaises ne
furent informées que très tardivement.
Une
nuit sanglante
Malheureusement, au cours de la soirée, les
évènements prirent une toute autre tournure. La police, sous tensions face à
cette marée humaine, réagit par une répression sans précédent. Ainsi la
manifestation qui se voulait pacifique se transforma en un véritable massacre.
Des arrestations d'une rare violence furent commises par les autorités. Des
hommes algériens seront gravement blessés, d'autres jetés et noyés dans la Seine. Un grand nombre
sera conduit dans des centres de rétentions, des hôpitaux, et au stade Pierre
de Coubertin pour être torturés puis expulsés en Algérie.
Combien
de victimes ?
Le lendemain, la préfecture de police fit état
de deux morts, un chiffre qui paraît bien faible face aux faits, de leur côté
les archives de l'institut médicolégal n'enregistrent aucune entrée pour la
date du 17 octobre 1961. Il semblerait que l'on ait voulu enfouir à jamais
cette page sombre de l'histoire de la
France par le biais de la censure, de l'occultation et du
politiquement correct. Le nombre de mort s'avère être en réalité bien plus
élevé, Jean-Luc Einaudi, auteur de La Bataille de Paris 1961, parle de 393 morts. Un
chiffre que modère toutefois Jean-Paul Brunet, dans son livre Police contre FLN, le drame d'octobre 1961,
il estime qu'il y aurait eu entre 30 et 50 morts qu'il impute en partie aux
partisans du FLN et pense que la police n'est pas entièrement responsable du
nombre de décès survenu ce jour-là.
Un massacre longtemps occulté des deux côtés de la rive
méditerranéenne
De son côté, L'État français dissimulait la
réalité des faits et minimisait le nombre de victimes afin d'apaiser les
tensions au sein de la métropole et de se centrer sur les vraies préoccupations
de l'époque : les provocations incessantes de l'OAS[3], les
manifestations de la gauche, les représailles contre les pieds-noirs, la
fusillade de la rue d'Isly le 26 mars 1962 et enfin l'assassinat de plusieurs
dizaines de milliers de harkis. Quand au GPRA[4], il souhaitait simplement
poursuivre ses négociations avec l'État français en évitant le plus de tension.
Ainsi, il décida de mettre de côté le massacre du 17 octobre. La priorité
étant pour lui l'indépendance de l'Algérie dans les plus brefs délais.
Sur le chemin de la
reconnaissance ?
Il aura fallu attendre une vingtaine d’années
afin que soit autorisés la publication et la diffusion de documents relatant de
ce pan de l'histoire de la décolonisation française. Il est vrai que les seuls
journaux français, qui traitaient à cette époque du sujet de manière impartiale
étaient très vite censurés. C’est comme cela que naquit, une véritable
construction sociale de l'indifférence. C'est
seulement à partir de 1985 que des livres seront autorisés à la publication.
Ainsi le livre Les ratonnades d'octobre: un meurtre collectif à Paris en 1961
de Michel Levine, méconnu du grand public sera l'un des premiers de son genre.
C’est toutefois en 1991, le livre La bataille de Paris, 17 octobre 1961 de Jean-Luc Einaudi
qui sera le premier livre à avoir un vrai impact sur le public en suscitant
l'intérêt des médias.
L'affaire Papon
C'est surtout le procès très médiatisé de
Maurice Papon, préfet de l'époque et acteur des évènements, qui va susciter un
regain d'intérêt sur le massacre d'octobre. Entre 1997 et 1998, l'ancien préfet sera
jugé pour sa collaboration avec l'Allemagne durant l'occupation, où il est
accusé d'avoir joué un rôle dans la déportation des Juifs de Bordeaux. Le
tribunal appellera à la barre, Jean-Luc Einaudi afin qu'il témoigne du rôle de
Papon sur les violences de 1961. La publicité faite autour de ce procès pousse
Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'intérieur, à créer une commission
chargée d'examiner les archives de la police sous la présidence de Dieudonné
Mandelkern qui remet discrètement son rapport à la presse en mai 1998.
Le 17 octobre 1961 et les politiques
d'aujourd'hui
Bertrand Delanoë, maire de Paris, inaugure le
17 octobre 2001 une plaque commémorative sur le pont Saint-Michel. Lors de
cette même journée, Jacques Floch le
secrétaire d'Etat à la Défense
chargé des anciens combattants évoque à l'Assemblée Nationale « un
couvre-feu appliqué sur la base du faciès ».
Récemment, le 17 octobre 2011, François
Hollande, alors candidat socialiste à la présidentielle, rend hommage en
déposant une gerbe au pont de Clichy, où des Algériens furent jetés dans la Seine, cinquante ans plus tôt.

Les 140
Algériens disparus en 1961 à Paris (J.L. Einaudi)
TUÉS :
Abadou Abdelkader : Noyé, date indéterminée
Abadou Lakhdar : Noyé le 17/10/61
Abbas Ahmed : Arrêté le 10/10/61.
Inhumé le 9/12/61
Achemanne Lamara : Tué le 17/10/61
Adrard Salah : Tué le 17/10/61
Ait Larbi Larbi : Tué le 17/10/61
Akkache Amar : Tué le 28/09/61
Alhafnaoussi Mohamed : Retiré de la
Seine
le 27/09/6
Arehab Belaïd : Tué le 18/10/61
Barache Rabah : Retrouvé noyé
le 30/09/61
Bedar Fatima : Noyée, repêchée
le 31/10/61
Bekekra Abdelghani : Tué par balles; date in
déterminée
Belkacemi Achour : Tué par balles le
18/10/61, inhumé
le7/11/61
Benacer Mohand : Tué le 08/10/61
Bennahar Abdelkader Tué par balles, date indé
terminée, inhumé le
7/11/61
Bouchadou Lakhdar : Noyé, retiré de la Seine
le 21/10/61
Bouchebri : Arrêté le 02/10/61, décès
annoncé le 12/10/61
Bouchrit Abdallah : Tué par balles, date indé
terminée
Boussouf Achour : Noyé le 7/10/61,
inhumé le 17/10/61
Chabouki Kassa : Arrêté le 25/09/61; repê
ché le 29/09/61
Chamboul Abdelkader: Tué le 02/10/61
Chaouch Raba : Tué par ballles, date in
déterminée
Chemloul Amrane : Tué le 03/10/61
Chevalier Guy : Tué le 17/10/61
Dakar Ali : Noyé ; date indéterminée
Dalouche Ahmed : Tué par balles ; inhumé le
12/12/61
Daoui Si Mokrane : Tué le 17/10/61
Derouag Abdelkader: Noyé le 17/10/61
Deroues Abdelkader: Tué le 17/10/61 ; inhumé
le 31/10/61
Djebali Mohamed : Arrêté le 15/09/61 ; tué,
date indéterminée
Douibi Salah : Tué le 17/09/61
Ferdjane Ouali : Noyé le 14/910/61
Ferhat Mohamed : Tué par balles ; date indé
terminée
Gargouri Abdelkader : Tué par balles ; date indéterminée
; inhumé le 10/11/61
Garna Brahim : Tué le 18/10/61
Guenab Ali : Arrêté et tué le 03/10/61
Guerral Ali : Tué par balles, date indé
terminée
Habouche Belaïd : Tué le 22/09/61
Haguam Mohamed : Noyé, date indéterminée-
Hamidi Mohand : Tué le 11/10/61 ; inhumé le
18/10/61
Hamouda Mallak : Tué le 11/10/61
Houbab Lakdhar : Noyé le 17/10/61
Kara Brahim : Blessé le 18/10/61 ; mort le
21/10/61 ; inhumé le
09/11/61
Kelifi : repêché le 30/10/61
Kouidji Mohamed : date indéterminée
Lamare Achemoune: Tué le 17/10/61
Lamri Dahmane : Tué le 05/10/61
Laroussi Mohamed :Noyé ; date indéterminée-
Lasmi Smaïl : Tué le 08/10/61 ; inhumé le
10/11/61
Latia Younès : Noyé le 06 ou 07/09/61
Loucif Lakhdar : Noyé ; date indéterminée-
Mallek Amar : Arrêté le 17/10/61 ; décès
annoncé le 21/10/61
Mamidi Mohand : Tué le 11/11/61
Mehdaze Cheriff : Tué le 27/09/61
Merakeb Mohamed : Tué le 02/09/61 ; repêché
le 10/10/61 ; inhumé le
21/10/61
Merraouche Moussa: Tué le 10/10/61Messadi
Saïd Tué le 27/09/61
Meziane Akli : Disparu le 17/10/61 ;
inhumé le 25/10/61
Meziane Mohamed :Tué le 17/10/61
Ouiche Mohamed : Tué le 24/09/61
Saadadi Tahar : date indéterminée
Saidani Saïd : Tué le 17/10/61
Slimani
Amar : date
indéterminée