mercredi 15 septembre 2010

Mohamed Arkoun n'est plus

Hier, l'un des plus grands intellectuels algériens est décédé hier à Paris. Mohamed Arkoun, professeur à la Sorbonne était connu dans les milieux intellectuels et avait effectué de nombreux déplacements et donné de nombreuses interviews. Ce fut lors d'un déplacement que j'eu l'occasion de le rencontrer lors d'un débat sur son thème favori: la religion . J'ai selectionné pour vous lecteurs, une interview donnée à une revue Tunisienne.


Le voici lors d'un débat sur un thème qui lui est très cher: la nature du lien entre religion et politique.

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1 commentaire:

Tahar, coeur de lyon a dit…

"J'ai passé ma thèse de doctorat à la Sorbonne sur "L'Humanisme arabe" au Xe siècle. Oui, il y a eu une pensée humaniste arabe dans tout le Moyen Age, fondée sur la philosophie, la morale et la religion. Que s'est-il passé pour que nous ne puissions plus en parler au présent ? Qu'est devenu cet humanisme tolérant ? Ce n'est pas ...la faute au Coran puisqu'il n'a pas empêché le mouvement humaniste de s'exercer, de Cordoue à Téhéran. Ce qui est en eu cette fois, c'est l'histoire économique et militaire dans l'espace méditerranéen telle qu'elle s'est déroulée à partir des XIIe et XIIIe siècles, c'est-à-dire de cette époque où l'Europe prend son essor intellectuel, scientifique, technique et devient dominante. De mimétique, la rivalité devient militaire et tourne principalement autour des routes du commerce. "Les centres politiques" de l'islam disparaissent peu à peu au profit de confréries religieuses. L'Etat central, qui était porteur de cet humanisme arabe, s'affaiblit. Quand les Français arrivent en Algérie, ils trouvent des confréries, pas des Etats. C'est ce qui va permettre une colonisation facile. Une colonisation qui apporte des fragments d'une modernité vivante, dynamique, émancipatrice, mais des fragments seulement, et que des élites arabes, très étroites, vont accueillir avec reconnaissance. Le basculement qui va intervenir dans le dernier quart du siècle, disons entre 1960 et 2000, achève cette période, et il est effroyable. Toute cette violence est imputée à l'islam, mais c'est une violence liée plutôt à la dialectique des forces politiques et économiques qui s'exercent depuis le XIIIe siècle, amplifiée par la colonisation et les guerres de libération. On retrouve aujourd'hui le même affrontement entre des imaginaires sociaux nourris par l'histoire ou la culture et, pour ce qui nous concerne, par ce que j'oserais appeler l'occultation officielle de l'histoire de la souveraineté française sur l'Algérie. Avec le débat sur la torture, une petite porte a été entrouverte, mais je crois que si on avait ouvert plus franchement et plus tôt cette page d'histoire, on serait mieux armé aujourd'hui pour traiter de cette question de la violence dans l'islam et pour supporter le drame que nous vivons..."
(Mohamed Arkoun)